Avec « La guerre au nom de l’humanité » de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, la relève du réalisme aronien est assurée.

Un jeune et talentueux docteur en droit international et en sciences politiques vient de publier La guerre au nom de l’humanité, Tuer ou laisser mourir aux PUF. En publiant sa thèse, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer sort de sa torpeur la recherche française en théorie des relations internationales. Hubert Védrine préface cette synthèse brillante qui, par l’intermédiaire du dilemme récurrent de l’intervention militaire, explore les fondements du réalisme diplomatique face à une situation jugée inacceptable. Souvent occultée par l’idéalisme tantôt va-t-en guerre, tantôt pacifiste béat de la sphère médiatico-intellectuelle d’un côté, et la realpolitik cynique ou pessimiste de l’autre, la grande majorité des praticiens comme des principaux think-tanks français (IFRI, IRIS, FRS…) attendait, dans la lignée de Raymond Aron, Stanley Hoffmann et Pierre Hassner, une théorie ambitieuse et actualisée du réalisme diplomatique en démocratie. Continuer la lecture

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Esprit de mai 81 es-tu là ?

La victoire électorale de François Hollande hier soir ne souffre pas de contestation. Toutefois si les votes blancs ou nuls (6% des bulletins exprimés) sont comptabilisés, il est indéniable que la majorité qui se dégage n’est que relative.

Avec 51,6%, la victoire a donc été plus serrée que prévue et le raz-de-marée antisarkozyste n’a pas eu lieu. Après la victoire de M. Giscard en 1974, il s'agit de la victoire la plus étroite de la V° République. La stratégie de fin de campagne menée par le conseiller de l’Elysée, Patrick Buisson, n’était donc pas si mauvaise. Pour autant, seulement 51% des votes Marine Le Pen se sont reportés sur Nicolas Sarkozy au second tour. Sans les états d’âme politiquement corrects des ténors de l’UMP, peut-être que cette stratégie aurait pu être gagnante. Mais, sans réserve de voix au centre, le grand écart était périlleux au second tour. Continuer la lecture

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Le 6 mai : un choix de société pour la France.

Le second tour de l’élection présidentielle n’est pas un rendez-vous anodin. Les français, qui ont massivement voté au premier tour, ne s’y sont pas trompés. Ce choix va déterminer les cinq années à venir pour la France. Certains choix seront même irrémédiables et engagent l’avenir de la France du XXI° siècle.

Or rien n’est joué. La veille du premier tour la majorité des instituts de sondage plaçaient Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au coude à coude autour de 14%. Finalement ce fut 11% et 18% sans que Nicolas Sarkozy ne voit son score s’effondrer ni celui de Hollande augmenter. De quoi envisager une seconde surprise le 6 mai. En dépit d’une campagne de mauvais niveau où elle est apparue crispée, Marine Le Pen a tout de même réussi à placer Jean-Luc Mélenchon face à ses contradictions : un discours de protectionnisme économique sauf pour l’immigration. L’électorat populaire n’a pas compris. Continuer la lecture

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« Géopolitique », un raccourci sémantique à la mode devenu un fourre-tout intellectuel.

Fusionner la géographie et la politique est aujourd’hui très courant dans les médias et même parmi certains théoriciens ou commentateurs des relations internationales. Peut-être parce que, dans notre société si pressée, la brièveté du mot « géopolitique » est plus commode à prononcer que « études ou science des relations internationales », et surement plus sexy que « RI ».

La langue allemande, friande d’agrégat sémantique, a forgé à partir de 1897 avec Friedrich Ratzel, le mot geopolitik. En partant du postulat que les Etats sont des êtres vivants et qu’ils ne sauraient être réduits à un relief, le naturaliste allemand a donné naissance à tout un pan de la géographie actuelle dans un ouvrage intitulé Politishe geographie. Continuer la lecture

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Dissuasion nucléaire: Bernard Norlain brade les joyaux de la couronne

Le général (2S) Bernard Norlain a, en février dernier, signé un véritable réquisitoire dans les colonnes de la Revue Défense Nationale contre la dissuasion nucléaire française. Fort du soutien moral que lui a procuré l’appui de personnalités aussi respectées que Michel Rocard ou Alain Juppé (ils avaient cosigné un texte allant dans le même sens et publié par le quotidien Le Monde le 15 octobre 2009), l’officier général a remis le couvert.

En substance, la dissuasion nucléaire française, issue de l’époque particulière de la Guerre froide répondait à une nécessité de survie. C’était l’époque de la dissuasion « du faible au fort » par laquelle la petite République française pouvait infliger à un agresseur potentiel (URSS par exemple) des dommages tels que ce dernier réfléchirait à deux fois avant de porter le fer contre l’espace national. A l’heure de la seconde mondialisation et du monde multipolaire en gestation, cette posture datée devient caduque selon le général Norlain qui développe deux thèmes de réflexion. L’un fondé sur une vision humaniste et le deuxième sur un calcul pragmatique. Continuer la lecture

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Cinquantenaire de l’indépendance algérienne : comment le PS cherche à s’approprier la décolonisation.

Difficile de ne pas sourire à la vue de François Hollande annonçant vouloir célébrer en juillet le cinquantenaire de l’indépendance algérienne. En janvier, il avait brièvement amorcé une séquence de « story telling » racontant que, dans sa jeunesse, il avait milité pour l’indépendance algérienne contre son père, partisan de Tixier-Vignancourt. Il avait annoncé une repentance française comme préalable à un traité d’amitié avec l’Algérie. Mais, né en 1954, il avait immédiatement subi les sarcasmes de ses contradicteurs sur la précocité de son engagement. Continuer la lecture

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Pour l’électorat catholique, il est temps de tourner la page Christine Boutin.

Après le retrait attendu de Christine Boutin de la course à la présidentielle, il est temps de faire le bilan de ce qui ressemble de plus en plus à une fin de parcours. Aujourd’hui réduits au pire à un statut de minorité parmi d’autres, au mieux à un lobby influent, les héritiers du parti ultramontain se sont retrouvés quelque peu déboussolés depuis une quinzaine d’année par le parcours chaotique d’un de ses porte-paroles : Christine Boutin.

Un parti qu’elle n’a jamais pu rassembler au sortir de sa courageuse et solitaire croisade contre le PACS en 1998. Une cause perdue qui l’avait intronisé, de facto, chef de file de l’électorat catholique. En réalité le début d’une série de déconvenues dont la première fut le 1% obtenu à la présidentielle de 2002. Continuer la lecture

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« Enjoy » de Solange Bied-Charreton : plongée au coeur de la matrice infernale.

L’épiphanie littéraire 2012 aura apporté un parfum de fraîcheur avec Enjoy,  le premier roman de Solange Bied-Charreton. Une touche très largement utilisée par les Editions Stocks qui n’ont pas pu s’empêcher de rendre attirante la publication par une photographie de trois quarts arrière de l’écrivain, les yeux perdus dans le lointain.

 Le livre explore les illusions de la génération Y, aux yeux en permanence rivés sur les écrans d’ordinateurs, entre exhibition de son ennui quotidien et voyeurisme larvaire. Le personnage central, Charles Valérien, est l’un d’entre eux et passe ses heures sur Internet, plus particulièrement sur le site ShowYou qui recueille les vidéos hebdomadaires de ses adhérents, sans censure bien évidemment. Ce train de vie va être perturbé par sa rencontre avec Anne-Laure, Al, étudiante à la Sorbonne, réfractaire à la marche du monde à laquelle elle oppose la musique et la littérature, plus particulièrement les romans d’un certain Rémy Gauthrin. Continuer la lecture

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« Talleyrand et l’invention de la diplomatie française » : nouvel éclairage sur un personnage énigmatique qui fait passer la diplomatie française dans la modernité.

Le 15 février sort en librairie une nouvelle biographie éclairante de Charles Zorgbibe. Comme son Metternich, elle va bien au-delà de la seule personnalité de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. En effet, l’historien a confié aux conversations françaises lors de notre rencontre à Paris, qu’il n’avait pas voulu rajouter d’éléments biographiques, notamment à l’excellent travail d’Emmanuel de Waresquiel ; lequel a retracé avec exhaustivité la vie du « prince immobile ». L’ouvrage s’est davantage voulu un essai sur la vision et les objectifs de la diplomatie de Talleyrand, trop souvent dépeint en indécrottable opportuniste, et comme une réponse au travail flatteur de l’historien Gugliemo Ferrero : Riconstruzione, Talleyrand a Vienna publié à Milan en 1941.
Avec le style enlevé qui a fait le succès de ses précédents ouvrages, Charles Zorgbibe alterne encore une fois légèreté du récit et réflexion très poussée sur les différentes conceptions des relations internationales. Continuer la lecture

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Guerre civile en Syrie : Renaud Girard pointe l’abandon des chrétiens du Levant.

Suite au regain d’affrontements qu’a connu la Syrie entre les forces de sécurité du régime Baasiste et l’Armée syrienne libre (ASL), qui regroupe des militaires déserteurs hostiles à Bachar el-Assad, la Syrie se retrouve à la croisée des chemins.

Un de ces futurs possibles, entretenu par d’anciens caciques du régime, penche vers une partition du pays. Cette hypothèse, très contestable, repose sur l’idée que le régime est aux abois et qu’il chercherait à déporter l’intégralité de son appareil sécuritaire et militaire au nord-ouest du pays, dans une zone peuplée en majorité par la minorité alaouite actuellement au pouvoir. C’est ainsi la thèse d’Abdel Halim Khaddam, vice-président syrien entre 2000 et 2005 et désormais en exil. Excessive et peu convaincante, elle permet efficacement d’accoler à l’actuel chef de l’Etat l’étiquette de traître à la patrie. Continuer la lecture

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